Aujourd'hui, nous allons nous attarder sur le mixage et le mastering de l'EP "Un Baiser sous les Larmes", composé par l'artiste Gaël Lin !
De la méthode, de la créativité et des petites astuces bien pratiques, voilà ce qui sera au programme de cet article !
Présentation
"Un Baiser sous les larmes" est le deuxième EP de Gaël Lin. D'un genre s'approchant de la variété française, avec des couleurs lo-fi, cet EP est constitué de pas moins de 5 chansons originales entièrement composées par Gaël. Ces chansons trouvent leurs thèmes dans des notions comme l'amour, les relations, et la tristesse qu'elles peuvent apporter. Au travers de paroles très imagées, Gaël raconte ses peines de coeur, utilisant fréquemment l'image de la pluie et des larmes dans ses chansons, comme illustrées dans "C'est Toujours la Pluie", "Des Larmes sur mon Piano", ou encore "Après l'averse".
En ce qui concerne le choix des instruments, Gaël étant chanteur et pianiste, ce sont ces deux voix qui resteront constantes tout au long de l'EP et assureront sa cohérence et sa continuité. Ce sont les autres pistes qui vont évoluer autour d'eux, que ce soit des synthétiseurs, des boucles lo-fi, ou des violons par exemple.
Ecoutez donc quelques extraits de ces pistes pour comprendre l'ambiance, puis nous sauterons à pieds joints dans les détails techniques !
Mixage
Après un certain travail d'édition, notamment d'alignement des voix, accordage, et séparation des drums, le véritable travail de mixage peut commencer. Pour l'instant, nous avons toutes nos pistes devant nous. Il est important de se familiariser avec elles, de comprendre comment elles ont été pensées, quel rôle elles remplissent, etc.
Comme explicité par Gaël, nous voyons que son style de musique met en lumière la voix et le piano, ses deux instruments principaux. Ce sont donc eux qui ont la priorité sur les autres pistes, hormis la basse et la batterie bien entendu.
L'avantage qu'ont les musiques de Gaël est leur simplicité. Il y a relativement peu de pistes, une trentaine pour chaque chanson, mais les pistes sont tout de même pensées pour fonctionner ensemble et avoir un rôle attribué. Ce qui nous arrange pour le mixage, puisque cela réduit les risques de conflits fréquentiels.
De manière générale, au vu de l'inspiration un peu lo-fi de la musique, j'ai pris le parti d'avoir une section rythmique assez dynamique. Cette décision se ressent dans "Indélébiles" par exemple, avec cette grosse basse profonde, pour donner un côté enveloppant aux chansons de Gaël.
De plus, les parties de batterie étant souvent des boucles simples, cela n'en fait pas une partie réellement intéressante pour l'auditeur, contrairement au combo piano-voix de Gaël qui sont les stars de show.
Je vous propose de rapidement parler de chacune des 5 chansons de l'EP, en vous expliquant des challenges que j'ai pu rencontrer, ou des petites astuces dont j'ai usé pour pousser ces chansons plus loin dans leur identité.
Des larmes sur mon piano
Le mélancolique opener de l'EP se veut très détendu. Les sons simples, notamment dans les couplets, se prêtent très bien à cette idée que j'évoquais tout à l'heure, celle de basse enveloppante, intimiste, ce qui donne un côté rêveur à la voix de Gaël.
Indélébiles
A contrario, "Indélébiles" se veut plus rapide, plus dynamique. La batterie est un peu plus mise en avant pour mettre en lumière le côté rythmique de la chanson.
Pour cela, j'ai discuté avec Gaël sur des façons de renforcer cette énergie, cette rythmique. J'ai fait plusieurs propositions qu'il a aimé de suite, par exemple, la petite accélération des notes de batterie, pendant les pré-refrains, qui font monter l'énergie et améliore le contraste avec le "mais" seul et réverbéré de Gaël. Egalement, la batterie post-refrain est doublée avec un autre kit en ma possession, EZ Drummer 3, pour donner un peu plus de punch aux coups de batterie, et donne un côté marche de majorette grâce à cette caisse claire plus traditionnelle.
Lors du pont, Gaël voulait une ambiance complètement différente, quelque chose de très en retrait et atmosphérique. J'ai traduit cela par des ajouts de réverbération et de delay, et des mélanges entre eux, pour y parvenir. Réverbérer le delay est une technique que j'apprécie beaucoup et que j'ai beaucoup utilisée dans cet EP, puisque cela permet de donner beaucoup beaucoup d'impact à des phrases.
N'importe qui (s'il nous voyait)
N'importe qui (s'il nous voyait) est dans la même veine que "Indélébiles", si j'ose dire, en tout cas dans le refrain. On peut même voir en action cette technique du delay réverbéré dans les couplets, qui appuie les mots de fin de phrase.
La batterie utilisée est la même que celle du post-refrain dans "Indélébiles", et donne un côté plus naturel et punchy à la chanson, ce qui n'était pas la piste initiale, mais qui a été retenue !
C'est toujours la pluie
Personnellement ma préférée de l'EP. L'absence de batterie la pousse immédiatement du côté atmosphère et enveloppant que j'avais arbitrairement décidé avant de mixer l'EP. Ce qui est bien car cela amène plus de diversité de manière générale, après 2 chansons plus énergiques. L'accent peut réellement être mis sur la voix. Cette chanson, dans sa composition, à un bonne évolution et selon moi, presque une image qui conviendrait pour un film à l'ancienne. C'est aussi une chanson qui mise sur plus de bruitages, ce qui est un idée très intéressante au sein de l'EP.
Pour mettre en lumière la mélancolie et l'intimité qu'évoque cette piste, je suis parti sur un mix instrumental plus sombre, voire très. La piano, notamment, est revu à la baisse, laissant plus de place à la voix dans son introspection.
J'apprécie particulièrement la progression de l'énergie qui monte au fur et à mesure de la chanson. Cela casse la structure plus classique des chansons précédentes et cela convient parfaitement au style. De plus, cela agit comme une excellente transition musicale avec le dernier titre de l'EP, dont nous allons parler tout de suite.
Après l'averse
Cette chanson agit plus comme une outro. Nous sommes frappés d'entrée de jeu par un piano qui a repris ses droits, dans une ambiance bien plus dérangeante, presque inquiétante.
La chanson commençait d'entrée de jeu par ces forts accords de piano, ce qui était un peu brusque après le calme de la chanson précédente. mais loin de moi l'idée de lui retirer cela, je voulais au contraire amener cette idée de façon plus musicale.
J'ai alors proposé à Gaël cette mini introduction que vous pouvez entendre. Il s'agit tout simplement des mêmes notes, inversées, et noyées dans de la reverb. C'est une technique que l'on peut trouver aussi pour créer des voix de fantômes ! Ainsi, l'auditeur peut anticiper la force qui arrive sans pour autant sortir de l'ambiance installée par "C'est Toujours la Pluie".
Ensuite, pour donner plus de poids au piano, je l'ai dupliqué et transposé artificiellement d'une octave plus grave. Si vous entendiez la piste, c'est pas joli à entendre... et c'est parfaitement ce que je voulais. D'une part, cette piste permettait de remplir un peu les basses du piano et de lui donner plus de force, mais le son douteux de cette piste grave créé une instabilité dans le son global du piano, ce qui marche très bien avec les accords inquiétants qui sont joués !
Finalement, les voix qui se déplacent de droite à gauche ont elles aussi subis de lourds changements. Premièrement, l'utilisation d'un flanger pour les dénaturer était assez avant-gardiste, mais a plu à Gaël. Je trouvais que cela les rendait plus inquiétantes et plus originales que des voix simples, qui faisaient parfaitement l'affaire. J'y voyais l'occasion de proposer quelque chose de créatif. Ensuite, les faire se déplacer de gauche à droite donnait quelque chose de plutôt amusant à écouter pour l'auditeur, tout en installant l'idée d'une voix qui "hante", en tournant autour du sujet. Au loin, la voix de Gaël Lin se fait entendre, plus en retrait que d'habitude. C'était l'idée qu'il avait au départ, et j'ai eu un peu de mal à comprendre réellement à quel point il voulait qu'elle soit lointaine, ce qui a mené à plusieurs essais.
Mastering
Le mastering d'un album n'est pas chose aisée. la principale préoccupation est d'assurer que les chansons semblent appartenir à une seule et même pièce, de la même façon qu'un film ne change pas sa gestion de l'éclairage à chaque scène et donne l'illusion que les scènes se déroulent toutes dans le même univers.
Heureusement, dans le cas d'un album, certains points de mixage se retrouvent dans différentes chansons, ce qui aide considérablement cette étape.
A l'image de ces chansons, le mastering reste relativement simple. Des corrections de fréquences, un peu de compression le cas échéant, de la saturation pour grouper les pistes ensemble et donner un peu plus de couleur, et un limiteur bien sûr. Je voulais un mastering plus transparent mais qui puisse mettre en valeur certains éléments, comme la basse pour les pistes avec des basses lourdes par exemple.
Conclusion
Le mixage de l'EP de Gaël Lin était très intéressant. Etant plutôt de nature à empiler les pistes, travailler avec moins de pistes était une bouffée d'air frais et une agréable surprise. Déterminer rapidement les points forts des chansons et les directions qu'elles devaient prendre tout en gardant une continuité cohérente était nécessaire pour assurer la réussite de cet EP. Ce que j'apprécie particulièrement dans cette compilation, c'est la diversité musicale qu'elle contient, ce qui s'est ressentie lors du mixage de celle-ci et évité toute redondance. Chaque chanson avait ses propres demandes et besoins, et même de la place pour de la créativité, ce qui l'a rendu très amusant !
Si cet article vous a plus, je vous invite à lire celui-ci sur le nouveau titre de Gaël Lin, "L'Odeur de la Pluie", que j'ai également mixé !
Crédits
Friops - Article, Mixage, Mastering.
